Plat à Longchamp : le renouveau du printemps
On me reproche parfois d’être trop trotteur dans l’âme. C’est vrai que Vincennes est mon terrain de jeu préféré, mais je serais un bien mauvais journaliste hippique si j’ignorais ce qui se passe de l’autre côté — sur le plat. Et ce qui se passe à Longchamp en ce début de printemps 2026 mérite qu’on s’y arrête sérieusement.
L’hippodrome a changé
D’abord, parlons du cadre. Longchamp a terminé sa dernière phase de modernisation cet hiver. La nouvelle tribune ouest offre une vue imprenable sur le dernier virage et la ligne droite. Les installations pour les propriétaires ont été revues. Et surtout, la piste a été regazonnée sur le parcours de la grande boucle. Je l’ai foulée la semaine dernière : c’est du billard. Les galopeurs vont adorer.
Les écuries en vue
André Fabre, éternel
À 80 ans passés, le maître de Chantilly continue de dominer le galop français. Son lot de printemps est impressionnant, comme chaque année. Mais cette fois, il a une arme secrète : Doyen de Cluny, un fils de Frankel de 4 ans qui a passé l’hiver à Chantilly sans courir. La stratégie Fabre classique : préparer dans l’ombre, frapper au bon moment. D’après mes sources, ce cheval est destiné au Prix Ganay en fin avril. Et si tout va bien, au Prix d’Ispahan ensuite.
Les Rouget en embuscade
Jean-Claude Rouget, depuis son installation à Pau, a développé un système d’entraînement hivernal qui porte ses fruits au printemps. Ses chevaux arrivent à Longchamp affûtés, en avance sur la concurrence. Cette année, surveillez Douce France, une pouliche de 3 ans par Siyouni qui a dominé les non-coureuses à Pau avec une facilité déconcertante. Les Poules d’Essai sont dans sa ligne de mire.
La filière Aga Khan
L’élevage de l’Aga Khan reste une machine à produire des champions sur le plat français. Leurs 3 ans 2026, issus majoritairement de Siyouni et Zarak, montrent des aptitudes précoces. Le Vert Galant, entraîné par Francis Graffard, est le plus en vue : sa qualité de foulée rappelle les meilleurs produits de cette filière.
Ce que je retiens de la rentrée
J’ai assisté à la première réunion de plat de Longchamp le 29 mars. Honnêtement ? Le niveau était bon, meilleur que les dernières années à la même époque. Les chronos sur 1600 mètres étaient régulièrement sous la minute trente-six, ce qui est significatif pour des chevaux qui n’en sont qu’à leur première ou deuxième sortie de l’année.
Ce qui m’a frappé aussi, c’est la qualité des jockeys présents. Soumillon, Barzalona, Guyon — le trio d’or du galop français — étaient tous là, et ils montaient comme si la saison était déjà lancée à plein régime. Quand les meilleurs jockeys se donnent dès les premières réunions, c’est le signe que les écuries ont du matériel et que la compétition va être rude.
Mon conseil
Pour les turfistes habitués au trot qui veulent s’essayer au plat ce printemps : commencez par les courses de conditions à Longchamp. Les favoris y tiennent mieux leur rang qu’en handicap, et les cotes, bien que plus courtes, offrent de la régularité. Le plat à Longchamp au printemps, c’est du caviar pour parieurs méthodiques.
Franck Forési